Quatre-vingt-dix âmes dans la pénombre, samedi soir, au temple protestant. L'ensemble Le Banquet du Roy a rouvert la porte d'un salon disparu depuis quatre siècles, celui où se retrouvaient, à la veillée, les protestants de la fin du XVIe siècle.
Le prétexte du spectacle : une soirée chez Théodore Agrippa d'Aubigné. Le nom ne dit peut-être plus grand-chose à tout le monde, mais l'homme mérite qu'on s'y arrête. Poète, soldat, chroniqueur, il fut aussi l'un des compagnons les plus fidèles (et les plus rugueux) d'Henri IV, qu'il suivit sur les champs de bataille avant de le voir abjurer le protestantisme pour Paris et la couronne. Aubigné, lui, ne pliera jamais. Calviniste jusqu'au bout, exilé à Genève, fâché avec à peu près tout le monde, y compris son ancien roi : une posture d'insurgé permanent, qui colle bien à l'image qu'on garde de lui, celle d'un homme debout, porté par une colère qui ne s'est jamais vraiment éteinte.
C'est cette énergie-là que la soirée cherchait à restituer. Autour de la chanteuse et harpiste Gertrudis Vergara, du luthiste Pierre-Baptiste Brioude-Dhénain et de la violiste Anne-Sophie Brioude-Dhénain, Olivier Gladhofer (viole de gambe, flûte à bec, direction musicale) a fait revivre ce que pouvaient être les veillées protestantes de l'époque : psaumes huguenots, chansons spirituelles et pièces instrumentales, loin des cultes officiels, dans l'intimité des foyers réformés.
Entre deux pièces, c'est encore Olivier Gladhofer qui a prêté sa voix aux textes d'Aubigné, notamment à des extraits des Tragiques, son grand œuvre où l'histoire saigne autant que la poésie chante. Cette manière d'entrelacer musique et déclamation donnait au concert des allures de veillée véritable, comme si le public avait, l'espace d'une heure, poussé la porte de la maison d'Aubigné.
Chant, luth, harpe et violes de gambe se répondaient dans une instrumentation riche et raffinée, et l'acoustique du temple faisait le reste.
Programmée en marge des Journées européennes du patrimoine, cette soirée célébrait aussi les 40 ans de l'association Castellio, avec le soutien de Tempo Spectacles vivants musicaux, de la Région Centre-Val de Loire et de la Communauté de communes Berry Loire Puisaye. Le public, conquis, l'a fait savoir par de longs applaudissements.








